Station de Recherche Pluridisciplinaire des Metz

Vous avez dit trognes ?

vendredi 12 juillet 2019 par SRPM

Appelée aussi arbre têtard, accornu, étrogne, têtiau, bête à cornes, la trogne est un arbre champêtre cultivé et façonné par l’homme. Au fil des élagages périodiques à la même hauteur, à sa tête, ces arbres produisent de plus en plus de biomasse (bois et feuillage).

"Ces arbres ont pris de telles proportions qu’ils font penser à d’énormes personnages portant sur leur tête boursouflée une « chevelure » de branches.

Ce sont d’étonnantes sculptures vivantes dues à la main de l’homme, à son savoir-faire, sur lesquelles des générations de paysans ont peiné pour avoir du fagot, du bois de chauffage nécessaires aux besoins de la maison mais encore pour alimenter les gueules de fours des potiers, des briqueteries, des boulangers.

Des générations, oui, car les trognes ont une autre particularité : grâce aux élagages périodiques auxquels ils sont soumis, on a prolongé leur espérance de vie parfois de plusieurs centaines d’années comme ce charme de la Marcinerie dont le tronc fait 7 mètres de circonférence et dont la tête portant les branches s’étend sur 5 mètres [1]".

Au fil des générations de paysans qui en récoltent les branches, les cavités, l’humus qui s’accumule à la tête et au coeur des troncs, parfois ouverts, font des vieilles trognes de formidables habitats de biodiversité.

Une trogne de plusieurs centaines d’années peut ainsi présenter un tronc complètement creux et des réitérations (branches régénérées à chaque taille) jeunes et vigoureuses.

La trogne n’est pas caractérisée par une essence particulière. En Puisaye et en Forterre, on trouve surtout des trognes de charme, de chêne et de saule.

Les trognes disparaissent comme les savoir-faire qui y sont associés : leurs branches ne sont plus récoltées, elles se développent trop. Sous le poids de leurs branches de plus en plus lourdes, qui s’écartent, leur tronc peut se déchirer, se fendre, pourrir, parfois jusqu’à l’écroulement.

Arbres paysans par excellence, les trognes sont le reflet de l’évolution de savoir-faire vieux de plusieurs millénaires.

Récolter une trogne a toujours été une tâche difficile. Au début du XXe siècle, les hommes accornaient les têtards à la cognée et à la hache. La généralisation des tronçonneuses, tracteurs et fourches a quelque peu facilité la coupe, qui reste un geste technique et dangereux.

Ces arbres lient l’homme et le végétal sur plusieurs générations. Les trognes sont un symbole de longévité, un lien avec les aïeux. Un paysan modelant une trogne travaille aussi pour l’héritage de ses enfants et petits-enfants.

Malgré la pénibilité du travail, des hommes et des femmes, attachés à ce patrimoine paysan, constatant ses avantages multiples, continuent à cultiver des trognes, perpétuent, renouvellent ou inventent des techniques et savoir-faire précis afin de maximiser le rendement de l’écornage.


Les trognes sont actuellement cultivées pour le bois de chauffage, pour la vannerie (saule), pour amender les sols (type brf), pour nourrir les troupeaux en cas de pénurie de fourrage (frêne, peuplier, saule, charme...)

Pour les remettre en action lorsqu’elles n’ont pas été récoltées depuis longtemps, tailler une trogne est une opération délicate et parfois risquée pour la survie de l’arbre. Différentes techniques sont testées pour réhabiliter les vieilles trognes.

Pour les perpétuer dans le paysage, de nouvelles trognes doivent être créées, des usages (ré)inventés, des savoirs (connaissances et techniques) ré-investis.

[1Plaidoyer pour les étrognes, Alice de Vinck, 2013
Pour aller plus loin à la découverte des étrognes dans le bocage poyaudin :
Alice De Vinck, « Défrichement des gâtines et bouchures de Puisaye », ed. SRPM, 2014.
A commander (20€ + frais de port) par mail : srplesmetz@gmail.com


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